Qui veut la peau des RASED ?

Du CAPPEI à la liquidation de l’adaptation...
vendredi 3 mars 2017
par  Pilotin
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Le ministère est en train de mettre en place un nouveau diplôme, le CAPPEI, en remplacement des CAPASH et 2CA-SH. Ce diplôme commun aux enseignant-e-s des premier et second degrés, fait disparaître les options (A, B, C, D, E, F et G). La « spécialisation » porte désormais sur le type de poste occupé, avec une formation qui n’offre que 52 heures « d’adaptation au type de poste »(1).

Pour les personnels des RASED, ce nouveau décret annonce la fin des deux missions distinctes jusqu’ici assurées par les maître-sse-s E et maître-sse-s G. Les enseignant-e-s suivront désormais la même formation quelle que soit leur mission au sein du RASED (aide à dominante pédagogique ou aide à dominante relationnelle). Ceci signifie que ces personnels seront interchangeables au sein des pôles ressources.

Cette nouvelle formation et l’ensemble des mesures adoptées dans l’enseignement spécialisé depuis 2013 et la loi de Refondation de l’école nient la spécificité de l’adaptation scolaire qui s’adresse à des élèves qui ne relèvent ni du champ médical ni du handicap. Or, la difficulté scolaire est, pour beaucoup, la conséquence de conditions sociales et concerne en premier lieu les enfants de milieux populaires.

Les élèves en grande difficulté scolaire, au lieu d’avoir des enseignements adaptés à leur situation, sont ainsi renvoyé-e-s à des traitements médicaux ou paramédicaux, ou conduit-e-s vers des structures externes au service public d’éducation. Cette disparition de l’adaptation implique logiquement la liquidation des RASED, des SEGPA, des EREA…

À point nommé, sort au même moment une étude assassine de l’IREDU (institut de recherche sur l’éducation ) sur l’impact prétendument négatif qu’auraient les RASED sur les apprentissages des élèves. En ne se basant que sur des études statistiques réalisées en 1997 par la DEPP (Direction de l’évaluation et de la prospective), sans enquête de terrain dans les écoles, l’institut soutient la politique de destruction des RASED poursuivie depuis 2008 avec 5000 postes supprimés n’ayant jamais été recréés. D’autres études de terrain montrent pourtant l’efficacité des RASED (2) ... lorsqu’ils ont les moyens d’assurer leurs missions.

SUD éducation réaffirme le rôle positif des RASED et la nécessité de l’enseignement adapté. Nous revendiquons la baisse des effectifs des classes spécialisées et des classes ordinaires, du temps dégagé pour le travail en équipe, la restitution des 5000 postes de RASED supprimés, le développement de RASED complets et de proximité.

Pour SUD éducation, une école réellement inclusive ne peut être mise en œuvre sans modifications importantes des politiques actuelles, sans repenser la formation, sans concevoir un réel budget à la hauteur des ambitions, sans repenser le cadre global de la société.

(1) Cf l’analyse de SUD éducation

(2) Revue Recherche didactique n°26 – janvier 2017
Ecouter l’enfant, aider l’élève, Jean-Jacques Guillarmé, 2010


Communiqué du collectif national RASED

RASED : un enjeu d’avenir

Alors que les textes réglementaires instituant la nouvelle formation spécialisée (CAPPEI) sont sources d’interrogations pour les enseignant-e-s spécialisé-e-s et les psychologues de l’éducation nationale des RASED, l’IREDU publie une étude, basée sur des données d’il y a 20 ans, qui remet en cause leur efficacité.

L’enquête s’appuie sur les résultats à des évaluations réalisées dans le cadre du panel 1997 de la DEPP (direction de l’évaluation et de la prospective) en CP et CE2 et sur le taux de redoublement d’une cohorte d’élèves entrée en CP en 1997. Vingt ans après, la question du redoublement a évolué rendant anachronique les conclusions portées sur ce sujet. Rien n’est réellement convaincant dans cette étude de l’IREDU qui multiplie les corrélations hasardeuses sans engager les analyses rigoureuses qui seraient nécessaires pour évaluer l’efficacité des RASED. A défaut, les hypothèses des chercheuses et chercheurs sont loin de s’imposer.

Les RASED comme les autres dispositifs de l’éducation nationale ont vocation à être évalués. Leur efficacité a déjà été interrogée dans d’autres rapports, avec des conclusions bien différentes que celles affirmées de manière très péremptoires dans ce rapport méthodologiquement discutable. Une étude parue en janvier 2017 dans Recherches en didactique (n°26) tire des conclusions allant à l’encontre de l’étude des analyses de l’IREDU. Elle souligne un impact positif des RASED sur les résultats en mathématiques. L’étude de Jean-Jacques Guillarmé de 2010, quant à elle, concluait à une meilleure efficacité des aides spécialisées par rapport aux aides personnalisées.
Une évaluation sérieuse du dispositif RASED, quantitative et qualitative devrait par ailleurs prendre en compte les 5000 postes supprimés entre 2008 et 2012 soit un tiers des effectifs alors que seulement 200 postes ont été recréés depuis. Rappelons que ces suppressions ont conduit à un affaiblissement notoire des RASED des écoles en limitant leurs possibilités de répondre favorablement aux demandes d’aides.

Si la réussite des élèves en difficulté se joue dans la classe, elle doit s’appuyer sur l’expertise professionnelle des enseignant-e-s spécialisé-e-s et des psychologues des RASED. Leurs actions ont lieu en concertation avec l’enseignant-e de la classe et dans un lien étroit avec la famille. Ce nécessaire apport des RASED, à la fois pédagogique, rééducatif et psychologique, serait d’autant plus efficace que leurs moyens seront restaurés et abondés à la hauteur des besoins.

En s’adressant aux rectrices et recteurs le 7 février dernier, parlant des RASED dans le cadre de la préparation de la rentrée, la ministre a dit : "Là où les RASED sont incomplets, je vous demande de recréer des postes".

Chiche !

Le Collectif national RASED, le 24 février 2017

Les membres du Collectif RASED
Association française des psychologues de l’éducation nationale (AFPEN)
Fédération nationale des associations de Maîtres « E » (FNAME)
Syndicat des enseignants (SE-UNSA)
Solidaires Unitaires Démocratiques Éducation (SUD éducation)
Association des groupes de soutien au soutien (AGSAS)
Fédération nationale des Rééducateurs de l’Éducation nationale (FNAREN)
Syndicat national des personnels de l’inspection (SNPI-FSU)
Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE)
Confédération Générale du Travail Éducation Nationale (CGT Educ’Action)
Syndicat national unitaire des instituteurs, des professeurs des écoles et des PEGC (SNUipp-FSU)


Documents joints

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