Lettre ouverte au président de la République sur le cas du jeune Ibrahima Kaba, élève au Lycée Saint-Exupéry

jeudi 16 mars 2017
par  GUERDA
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Malgré la mobilisation massive des élèves et des personnels du Lycée Saint-Exupéry, malgré les nombreux arguments et les demandes d’audience, Ibrahima Kaba, jeune guinéen de 19 ans et scolarisé au Lycée Saint-Exupéry de Marseille est en cours d’expulsion. La communauté du lycée, personnels et lycéens, écoeurés par cette mesure restent déterminés à obtenir sa libération. C’est dans cette démarche qu’il font appel au président de la République dans une lettre ouverte à relayer le plus largement possible.


Lycée Saint-Exupéry de Marseille

Le Mercredi 15 mars 2017,

Lettre ouverte à Monsieur Hollande

Monsieur le Président de la République,

Sur la question des jeunes sans-papiers scolarisés, vous avez commencé votre mandat sur le cas de Léonarda, ne le terminez pas sur celui d’Ibrahima.

Ibrahima Kaba est notre élève, un guinéen de tout juste 19 ans, il est orphelin, son père est mort quand il était enfant et sa mère, plus récemment, a succombé à l’épidémie d’Ebola. Rejeté et maltraité par la famille qui l’a hébergé, il a fui pour survivre. Etant francophone et n’ayant ni ressource, ni attache, la France lui a semblé être le seul espoir pour se construire un avenir. Pour arriver en France, il a traversé le désert saharien, la Libye et la méditerranée sur un bateau de fortune jusqu’en Italie. Ibrahima est traumatisé par ce parcours marqué par la violence et la mort.

La recherche d’un établissement scolaire a été sa première démarche en arrivant à Marseille. Jamais scolarisé en Guinée, il a appris à lire et à écrire avec l’aide de ses camarades grâce à son unique volonté. Ibrahima est conscient depuis l’enfance que l’accès au savoir représente l’espoir d’une vie digne. Une fois inscrit au lycée Saint-Exupéry, il s’est montré tout de suite sérieux, assidu et très impliqué. Il a fait en peu de temps des progrès remarquables, il est inscrit à l’examen du DELF (Diplôme d’Etudes en Langue Française) qu’il devait présenter au mois de mai. Son établissement scolaire est pour lui le seul espace formateur et sécurisant, porteur d’une réelle intégration sociale et professionnelle.

A travers cette scolarité, il a pu entamer un processus de reconstruction jusqu’à son arrestation le 22 février qui, encore une fois, a anéanti tous ses espoirs de vie à peine amorcés.

Ibrahima KABA a été retenu au centre de rétention administratif du Canet à Marseille suite à un contrôle d’identité en sortant du foyer d’urgence marseillais dans lequel il était hébergé depuis le mois de décembre 2016.

Ibrahima est demandeur d’asile. La préfecture des Bouches-du-Rhône a jugé que les autorités italiennes étaient compétentes pour examiner cette demande. Nous avons demandé au préfet des Bouches-du-Rhône de mettre fin à la rétention d’Ibrahima, d’annuler la décision de son transfert vers l’Italie, et de régulariser sa situation administrative pour des raisons humanitaire et sanitaire. Cette demande a été assortie d’une pétition largement diffusée par le réseau éducation sans frontières, transmise le 2 mars au préfet avec copie au cabinet du recteur de l’académie d’Aix- Marseille et du service des étrangers de la préfecture.

Ibrahima a été emmené ce mardi 14 mars en voiture à 6 heures du matin par la Police de l’Air et des frontières de Nice, en vue d’être embarqué sur un vol Nice/ Rome. Il a refusé d’embarquer et été conduit dans un commissariat. Ayant été informé vers 11 heures qu’il avait quitté de CRA du Canet à Marseille, vraisemblablement pour l’aéroport de Marignane, le collectif de soutien d’Ibrahima Kaba s’est rendu sur place pour empêcher son transfert. La PAF nous a informé qu’il n’était pas prévu sur les vols partant de Marignane. Le collectif s’est alors rendu devant la Préfecture en présence des journalistes. Enfin, vers 14h, nous avons eu Ibrahima au téléphone, qui nous a raconté son périple.

Nous sommes scandalisés par l’acharnement des autorités pour parvenir à expulser ce jeune lycéen orphelin, dont le seul soutien est l’aide que peut lui apporter l’équipe éducative. Hier encore, malgré les traumatismes vécus depuis sa rétention, Ibrahima se souciait de sa scolarité en demandant à un de ses professeurs des manuels scolaires, papier et crayons, pour rattraper ses journées d’absence en cours.

Nous sommes meurtris par le déplacement d’Ibrahima qui nous a empêché de lui manifester directement notre soutien, et qui a ainsi renforcé son isolement. Nous sommes choqués de constater que le Préfet n’a pas eu la moindre attention à sa situation personnelle et à son parcours singulièrement terrible, pour privilégier une logique comptable.

Les membres du collectif de soutien d’Ibrahima KABA, toute la communauté éducative du lycée Saint-Exupéry, personnels enseignants et non-enseignants, élèves, parents d’élèves, attendent, avec impatience, le retour d’Ibrahima en cours.

Vous êtes notre dernier, vous êtes le dernier recours d’Ibrahima qui croit encore que la France est une terre d’accueil : accepter que sa demande d’asile soit examinée en France lui permettrait de passer sereinement son diplôme.

Le lycée Saint-Exupéry

> télécharger le communiqué du Lycée Saint-Exupéry


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