Une mallette pleine D’AMOUR ? d’HUMOUR !

lundi 8 janvier 2018
par  fw13001
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Pendant la récré, la directrice surchargée de travail vient nous montrer la petite valise qu’elle a posée sur nos bureaux, la mallette artistique « MP 2018 : Quel Amour ! » •

La boite est rouge, avec des motifs très graphiques. Sur le côté une des seules inscriptions « Cette mallette a été réalisée avec le soutien du fonds de dotation Compagnie fruitière », le logo de l’académie. À l’intérieur, une lettre précisant que « cette mallette a été offerte à chaque classe élémentaire du département des Bouches-du-Rhône et propose de nombreux ateliers sur le thème de l’amour », on y apprend qu’en février prochain il s’agira de « l’ouverture d’une saison culturelle de plus de 200 évènements sur l’ensemble du département ». En partenariat avec le Rectorat de l’académie d’Aix Marseille, tous les enseignantEs* sont invitéEs à être avec leurs élèvEs « les acteurs majeurs de cet évènement » et à organiser un temps festif le jeudi 15 février à 10 h (inauguration). Il y a aussi une invitation pour jouer le « grand baiser » dans les villes participantes et « célébrer l’ouverture du grand évènement culturel MP2018 : Quel Amour ! ».

Nous trouvons aussi un livret d’accompagnement contenant des propositions de différents artistes et des offres culturelles (théâtres, ateliers, etc.), en préambule un mot du recteur de l’académie invitant toutes les écoles à participer à cet évènement. Une mallette numérique (http://www.mp2018.va-savoir.org/) est aussi mise en place avec « plusieurs sessions de présentations qui sont proposées dans le cadre du plan académique de formation ». Celle-ci se « transformera en plateforme dédiée à l’art contemporain et à l’architecture » après MP2018.

Il y a aussi du matériel pédagogique permettant de mettre en œuvre les propositions artistiques, quelques exemples : un bulbe de jacinthe auquel il faut susurrer des mots doux pour qu’il pousse, des tatouages, des petits mots d’amour cartonnés (« ma pupuce », « mon doudou », « ma furie », « mon piou piou », « mon amour », etc.) qui peuvent servir d’inducteur pour des séances de langage, un « mémory qui fait roucouler les mots » dont le but et d’assembler les couples de dessins : un vaisseau/la vaisselle — une moule/un moule — une marmotte/un marmot, un bus/une buse, un bonbon/une bonbonne, etc. (ils sont forts nos élèves en primaire hein ?!).

On reste, a priori, sur des couples hétéronormés. On rit jaune, on renomme ça « la journée du baiser ». L’humeur n’est pas à l’amour ces derniers temps à l’école ! On est bien loin de l’ambitieux projet proposé !

Mettre des milliers d’euros dans ce genre de mallette nous semble aberrant. Ce jour-là, il manquait une enseignante. Puisqu’il n’y a plus d’aide à la direction, la directrice a laissé sa classe pour contacter la circonscription, impossible de les avoir, là-bas non plus il n’y a plus de secrétaire ! Quand enfin elle y est parvenue, la seule réponse a été « ben non nous n’avons plus de brigades » comme s’il s’agissait d’une évidence !

Bientôt on verra arriver dans les écoles des contractuelEs non formés et flexibles et là aussi ça sera une évidence : puisqu’il n’y a plus de remplaçantE, vous devriez être contentE de voir quelqu’un non ? Fini les répartitions !

Pour le poste d’aide à la direction dans les écoles (ou d’autres personnels ailleurs) sera recruté quelqu’unE en service civique, qui ne touche pas un salaire mais une indemnité inférieure à 600 euros pour remplir des « missions » (jusqu’à 35 h de travail par semaine !), sans formation, sans code du travail. Sympas l’année de césure ou l’engagement citoyen, non !? Si ce n’est pas un service civique alors ça sera peut-être unE apprentiE : au passage une collaboration avec le supérieur !! Des sacrées pierres deux coups !!

Et pour les 144 écoles en situation d’urgence et celles manquantes, quelles solutions ?! Le partenariat public privé évidemment ! Pour 34 écoles, un cadeau de plus de 1 milliard d’euros pour des entreprises du BTP et de l’immobilier, sur le dos des contribuables ! Ceci implique donc un réel changement puisque ces lieux pourraient devenir des pôles d’attractivités, avec la possibilité de construire des logements et des commerces sur les sites les plus rentables. Quand on aura des PDG en conseil d’école qui orienteront et auront du poids dans les décisions, que nos écoles n’appartiendront plus aux citoyens, mais bien à des entreprises, alors nous réaliserons l’ampleur des dégâts !

Alors il est où l’amour pour nos enfants, pour les citoyens de demain ? Quand le personnel municipal est en sous-effectif et qu’elles doivent prendre en charge jusqu’à 45 enfants pendant le temps cantine, il est où l’amour ? Quand les enfants mangent des plats Sodexo en 10 minutes, il est où l’amour ? Quand nos classes sont surchargées et qu’on a l’impression de faire de l’abatage, il est où l’amour ? Quand on laisse des enfants dans la difficulté ou la souffrance parce qu’il n’y a plus d’enseignants spécialisés, de psychologues scolaires et de moins en moins d’AVS, il est où l’amour ? Quand l’éducation nationale recrute des contractuels, des services civiques ou des apprentis et que la précarisation devient la variable d’ajustement, il est où l’amour ? Quand nos écoles sont reprises par le privé, il est où l’amour ? Quand nos collègues craquent et qu’on leur dit que c’est comme ça et que si t’es pas contentE tu peux partir, il est où l’amour ? Quand nos programmes ne rentrent jamais dans l’année et qu’on presse/stresse nos élèves pour tout boucler, il est où l’amour ? Quand nos institutions demandent d’évaluer, de classer par rapport à une norme établie, il est où l’amour ? Quand l’éducation nationale supprime les formations pour les enseignantEs il est où l’amour ? Quand nos salaires n’augmentent jamais et qu’on nous reproche d’avoir trop de vacances, il est où l’amour ? Quand on essaie d’y croire malgré tout et que chaque nouvelle réforme est un coup porté, il est où l’amour ?

L’amour n’y est plus.
Dans cette mallette nous rêvions des solutions pour rendre les conditions de travail meilleures.
Pour que nous tous et toutes, enseignantEs plein d’idéaux ayons les moyens de pouvoir contribuer à ce que les enfants croient à l’amour.

Aimer l’autre, aimer découvrir et apprendre, aimer s’enrichir et s’épanouir.

Pour cela, il aurait fallu diminuer le nombre d’élèves par classe ouvrir des postes au concours et ne plus précariser le recrutement. Augmenter les budgets pour construire des écoles et en rénover, offrir du matériel pédagogique adapté aux besoins. Permettre aux classes de faire plus facilement des sorties artistiques, culturelles et sportives. Offrir des formations aux enseignants. Remettre des RASED dans les classes, des psychologues et des infirmières scolaires dans les écoles. Augmenter le salaire des enseignants, etc. Améliorer les conditions de travail au lieu de les dégrader.

Ce kit médiatique en vue du « grand baiser » est plutôt malvenu quand en ce moment on a plutôt l’impression qu’on pourrait écrire « le grand baisé » à chaque fois qu’on écoute les infos !! Et par les temps qui courent, donner cet outil sans explication aucune c’est du grain à moudre pour l’extrême droite et les discours réacs.
C’est dommage parce que finalement le contenu est intéressant, mais encore une fois parachuté sans aucune explication dans une actualité qui n’est pas vraiment placée sous le signe de l’amour !


Documents joints

Quel amour !
Quel amour !

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