Nouveau mode de gestion du personnel de l’E.N. ou répression syndicale : Christian Marion, un cas exemplaire

lundi 22 novembre 2010
par  Rédac13014
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Depuis le 18 septembre 2010, Christian Marion, professeur en entretien des textiles, n’a plus le droit d’exercer. Du jour au lendemain, il se voit également privé de toute forme de revenus : ayant plus de 60 ans, il n’a droit à aucune indemnité de licenciement, et n’ayant pas 15 ans de service, il ne peut prétendre à aucune retraite de l’Education Nationale. L’ administration l’a éliminé professionnellement et plongé dans la gêne financière.

Qu’a-t-il commis de si répréhensible pour subir une telle sévérité ? En fait RIEN.

Tous ceux qui le connaissent pour avoir travaillé avec lui, et qui témoignent en sa faveur, formateurs, chefs d’établissements ou collègues enseignants, savent que Christian Marion est un professeur compétent et consciencieux, et qui ne mérite en rien ce qui lui arrive. De même que les 9 enseignants qui ont examiné son cas en commission paritaire et qui, en connaissance de cause, se sont prononcés en sa faveur, tous syndicats confondus. Sans doute même les représentants de l’administration qui ont voté en sa défaveur, par discipline de corps, sont-ils tous également persuadés que Christian Marion ne méritait en rien d’être exclu de l’Education Nationale.

Son seul crime : avoir déplu à sa hiérarchie (Mme L, l’inspectrice de sa matière, et le proviseur du L.P. Toulouse Lautrec à Albi) et lui avoir tenu tête sous la bannière de Sud en pointant du doigt notamment des questions d’hygiène et de sécurité. Il aura fallu plusieurs années d’acharnement à cette dernière pour qu’elle parvienne à ses fins.

Dès le début, son inspectrice est intervenue auprès du jury académique d’évaluation pour obliger Christian Marion à redoubler son année en tant que prof stagiaire alors que l’IUFM avait validé l’année scolaire. En cinq ans, elle aura inspecté 7 fois Christian Marion, dont plusieurs fois par surprise, et une fois, à la veille des vacances d’été pour les élèves. Elle est intervenue auprès du rectorat pour retirer à Christian le poste qu’il avait demandé et qui lui avait officieusement été attribué, empêchant ainsi sa mutation. Elle a fourni au rectorat de Toulouse de quoi constituer un énorme dossier pour insuffisance professionnelle. A noter que lorsque Christian Marion s’est trouvé hors de portée de son inspectrice, durant 3 ans, notamment quand il a exercé à Narbonne (académie de Montpellier) il a été apprécié de ses supérieurs ainsi que l’attestent ses rapports administratifs.

A Albi, à peine arrivé au LP Toulouse-Lautrec, Christian Marion relève auprès de son proviseur le fait que les tables à détacher de l’atelier pressing utilisées par les élèves ne sont pas raccordées à l’extérieur et que par conséquent les vapeurs toxiques ne sont pas évacuées. Colère du Proviseur qui se sent accusé de négligence sur la sécurité, et adresse un rapport au rectorat pour se plaindre de Christian Marion. Le rectorat diligente alors une inspectrice, celle-là même qui précisément veut la peau de Christian Marion depuis qu’il exerce. Les enseignants du lycée, toutes tendances syndicales confondues, prennent fait et cause pour leur collègue, font signer des pétitions, prennent sa défense en conseil d’administration, demandent l’arbitrage du comité d’hygiène et de sécurité, iront jusqu’à menacer de faire grève. Le Proviseur, pointe Sud Education, dont Christian Marion est adhérent , comme étant responsable des troubles dans l’établissement.

Sur le plan syndical, il est instructif d’observer le fait que Christian n’a pas été exclu pour « faute », mais pour « insuffisance ». En effet, la « faute » aurait impliqué une procédure qui prévoit une gradation des sanctions depuis le simple blâme, jusqu’à l’exclusion en passant par la mise à pied temporaire et la mutation d’office, et cette progressivité permet souvent d’éviter la sanction maximale. Dans le cas d’« insuffisance professionnelle », l’issue est binaire : soit le maintien dans la fonction soit l’exclusion. N’ayant aucune faute à reprocher à Christian Marion mais soucieux de complaire à Mme L, le rectorat de Toulouse a opté pour la procédure pour « insuffisance » qui ne laissait aucune chance à l’enseignant mis en cause.

Après un simulacre de justice, la commission disciplinaire a rendu son avis : les 9 membres de l’administration, comme un seul homme, ont voté dans le sens de l’administration. Les 9 représentants des enseignants ont voté contre.
C’est finalement le ministre de l’Éducation qui a tranché et signé l’arrêté d’exclusion.
Les motifs avancés par l’administration pour licencier C. Marion ont de quoi faire froid dans le dos à beaucoup d’enseignants qui ne manqueront pas de se reconnaître dans leur collègue incriminé :
 -Considérant qu’il lui est fait reproche, depuis le début de sa carrière, de monopoliser « d’une manière trop importante la parole », ne permettant pas aux élèves d’ « être acteurs de leur formation » ;
- Considérant qu’ont également été observées des « longueurs qui ont pour effet de démobiliser les élèves » ;
- Considérant que cet enseignant ne prend pas suffisamment en compte les élèves, en ne leur fournissant pas toujours, par exemple, des consignes explicites, en ne prévoyant pas d’activités diversifiées ;
- Considérant que ces carences fondamentales, et manifestement irrémédiables, sont préjudiciables au bon fonctionnement du service public de l’éducation ainsi qu’à la réputation de l’établissement dans lequel il est affecté (…)
(Extrait de la notification de licenciement adressée à C. Marion le 17 septembre 2010 par le Ministre de l’Education nationale.)

Depuis le 17 septembre, C. Marion n’a absolument plus aucun revenu.
La solidarité intersyndicale s’organise.

Une pétition peut être signée en ligne sur le site de Sud Education : http://www.sudeducation.org/Non-au-licenciement-de-Christian.html.

Sur le plan juridique, une démarche visant à annuler la décision est actuellement en cours. C’est le 17 novembre que maître Kosseva, avocate de C. Marion, déposera sa requête auprès du Tribunal Administratif de Toulouse.

Il faut insister sur la violence de cette parodie de justice rectorale dont notre collègue est actuellement victime.
Cette violence s’inscrit dans le cadre d’un programme gouvernemental de suppression massive de postes.

Défendre notre collègue :
- C’est refuser que la notion d’insuffisance professionnelle soit utilisée à des fins économiques comme moyen de dégraissage.
- C’est aussi refuser que soit créé un précédent autorisant les administrations à récidiver. L’enjeu étant de réduire la capacité de résistance des salariés aux contre-réformes actuelles, à l’aide d’une nouvelle épée de Damoclès qui aurait pour nom "l’insuffisance professionnelle".
- C’est enfin refuser que la sécurité de l’emploi du fonctionnaire conférée par le diplôme et les statuts, déjà mise à mal avec la loi sur la mobilité, ne le soit davantage par l’accroissement des pouvoirs conférés aux chefs d’établissement et aux inspecteurs.

Le combat pour la réintégration de Christian, visant à faire justice pour un individu et à le rétablir dans ses droits, concerne tous les salariés de l’éducation.


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