« Que les emmerdés de la base se rassurent, en levant les yeux, ils ne verront que des trous du cul »

SUD info 20 - page 6/8
jeudi 9 juin 2005
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Les 6, 7 et 8 avril derniers s’est tenu à Rodez (Aveyron) un stage national de la commission fédérale anti-hiérarchie. La fédération des syndicats SUD Education qui a moins de dix ans d’existence se doit en effet de mettre en concordance, une convergence d’idées sur le sujet avec des actes. Un comité « anti-hiérarchie » s’est donc créé sur l’initiative de la CNT (qui était présente à ces journées) avec pour objectif d’organiser la résistance contre toutes les formes de caporalisations que nous trouvons à l’école : la relation hiérarchique, les inspections, les évaluations et toutes ces réjouissances de notre métier qui font de nous des petits soldats reproducteurs, conscients ou pas, d’une société stratifiée ou chacun doit trouver son tiroir pour laisser les chefs faire leur boulot de chef.

Aux dires de Marie-Laure qui représentait SUD Education Bouches du Rhône à Rodez et qui commente l’auto organisation de cette réunion de la commission : « c’est dans ces moments là que l’on comprend comme on est conditionné et peu sûr de soi-même et des autres, parce qu’au fil des heures c’est devenu vraiment passionnant et finalement je vous jure qu’on peut travailler et apprendre sans direction, pour peu qu’on s’en donne la peine, et cela est beaucoup plus efficace ».

La question de départ pourrait être en effet : « a-t-on vraiment besoin d’un chef d’établissement » ? Il est hélas des questions que l’on ne pose pas couramment tant elles semblent ne pas couler de source. Il n’y a pourtant rien de nouveau là dedans et si l’on a aujourd’hui le droit de refuser une inspection, c’est bien grâce aux luttes des anciens collègues. (Même si cela se solde par des harcèlements divers selon les inspecteurs). A l’heure où le modèle d’autogestion relativement satisfaisant des écoles primaires est voué à disparaître dans le cadre des réseaux d’écoles et où les lois Fillon prévoient la création d’un collège de « super-profs » dans les établissements du secondaire, à l’heure où ces mêmes lois élargiront encore les prérogatives des chefs d’établissements et transformeront ces derniers en véritables chefs d’entreprises, il n’est même pas sûr que la simple critique d’une hiérarchisation de plus en plus pyramidale de l’EN soit suffisante. La présence d’un chef, qui même (et surtout) s’il manie le bâton, est sécurisante pour ceux qui, aliénés par cette domination, se complaisent dans cet assistanat. Certains collègues qui se contentent de faire leurs heures et que l’on retrouve sur le parking de leur établissement 2 minutes après la sonnerie auront sans doute du mal à trouver la motivation de se réunir pour organiser, en équipe, la vie de leur école et cela même si le temps de réunion est inclus dans le temps de service.

Partant de ces constats, le travail de la commission a consisté à dégager quelques points de réflexions, départ espéré vers une résistance longue et obstinée :

La question de la hiérarchie sous l’angle « philosophique et psychologique »

- 1) La hiérarchie imprègne notre culture depuis des lustres. On la considère comme un moyen « naturel » de fonctionnement social.
Notre système social actuel fait que nous sommes devenus des plantes « hors sol » c’est à dire que nous n’avons plus aucune prise sur nos besoins (nourriture, vêtements, logement). Nous dépendons totalement de structures autres. Sans argent, on ne peut pas survivre.

La hiérarchie rassure, quelle que soit sa place on est quelqu’un.
- 2) A l’école, ce sont les élèves qui demandent de la hiérarchie et de l’ordre, plus ils sont en insécurité et plus ils se réfugient dans l’aliénation. Les enseignants eux-mêmes, consciemment ou pas sont aliénés à cet ordre factice, pour éviter les angois-ses, les questionnements et les remises en cause. On veut bien « s’affronter » (un peu) avec l’inspecteur mais imaginer ne plus « maîtriser » la situation de classe est insupportable..

- 3) De quoi parle-t-on aujourd’hui quand on parle de « réformes de l’école » ? De 3 thèmes qui sont en eux-mêmes des impasses.
Les moyens.
Le bon vieux temps
Pédagogie et didactique
N’importe quelle émission de télévision, n’importe quelle déclaration de « responsable politique ou syndical » aborde l’école par ces question-nements. Or c’est un faux débat.

La vraie question est « quelle société veut-on » ?
A partir de ces impasses, on tourne en rond. Les manifs de profs c’est « fourre tout » avec des choix de valeurs qui ne sont ni affirmés ni débattus.
On parle de l’école de la réussite. Personne ne sait ce qu’est « la réussite »
On parle de citoyenneté et d’autonomie. N’y a-t-il pas une contradiction dans ces 2 termes ?
Dans ces conditions et faute de jamais définir un projet, on parle vaguement « d’égalité des chances », c’est une imposture de plus.
D’autres points ont été mis au débat comme :
- La question de l’évaluation des élèves.
- La question de l’évaluation des enseignants
Ils seront développés dans une production de la commission intitulée : « appel à la désobéissance ».
L’urgence est à présent de faire le diagnostic précis de la situation de domination que nous subissons actuellement, de faire le point sur les différentes initiatives de résistance, de les fédérer et de les soutenir.

Le droit de suivi
Un exemple intéressant de lutte anti-hiérarchique eu lieu au collège E. Rostand (Marseille 13°) où régna entre 2001 et 2004 une direction prototypale de ce qui risque de se généraliser dans les années à venir (harcèlement, absence de communication, prises de décisions unilatérales...), les collègues firent corps et prirent à parti l’Inspection Académique (pour qui un bon chef est un chef qui « tient » ses personnels) après avoir médiatisé la situation au collège. Grèves et fronde sur le long terme semblent être les meilleurs moyens de saper le crédit d’un chef d’établissement vis-à-vis de sa propre hiérarchie. Mais nos collègues ne s’arrêtèrent pas là : ils précédèrent la principale dans l’établissement où elle se fit muter, pour avertir leurs collègues d’Istres de ce qui les attendait, exerçant en quelque sorte un « droit de suivi du chef d’établissement ». Un an après, le bilan est plutôt positif puisque aux dires d’un de ces enseignants, du temps a été gagné pour s’organiser face à des pratiques qui n’ont apparemment guère changé. Il devient alors compliqué pour un chef d’établissement de justifier une seconde fronde en si peu de temps...


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