Résister et agir pour construire une autre école, une autre société

lundi 5 septembre 2011
par  SR
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Nous avons décidé de faire face à cette machine insidieuse, broyeuse d’humains, dévoreuse d’énergies, pilotée par un ministère obnubilé par le « dégraissage du mammouth » et les œillères du libéralisme, qu’est devenue l’Éducation nationale en quelques années. Nous avons tenté de ne pas nous soumettre à la triste, mais réaliste, métaphore de la grenouille.

Vous savez, cette grenouille que l’on met délicatement dans une belle casserole d’eau tiède où elle se trouve bien à son aise, sauf que l’on chauffe l’eau doucement afin de la plonger dans une douce torpeur qui lui devient fatidique lorsqu’elle commence à bouillir. Mais sa capacité de réaction est alors devenue trop faible pour qu’elle sorte du piège, ce qu’elle aurait aisément pu faire si on l’avait mise directement dans l’eau bouillante.

Tout cela pour montrer que tout changement mené de manière lente, progressive, adroite… peut échapper à notre conscience, surtout si elle n’est pas très éveillée. Et il est clair qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas encore à l’éveil des consciences, mais plutôt à l’obéissance contrainte ou l’asservissement serein.

Résistance

Et pourtant, un peu partout en France la toile a commencé à se tisser, les réseaux se sont constitués, une nouvelle force de résistance est née. Il était temps car, à nul moment dans notre histoire, l’école n’avait été à ce point en danger : programmes archaïques voire dangereux, désengagement de l’État, mise en concurrence des établissements, mesures et conséquences désastreuses pour les familles, les jeunes, les enseignant-es, etc.

Le coup de patte salutaire, nous avons tenté de le mener en Loire-Atlantique. Nous avons suivi les premiers « désobéisseur-es », ceux et celles qui ont osé porter haut et fort la parole de la résistance dans l’Éducation nationale. Dans la filiation du mouvement national de Résistance pédagogique, Résistance pédagogique 44 est née, rassemblant des enseignant-es de tous horizons avec un but unique : ne pas laisser se mettre en place la casse organisée de notre système éducatif. Il fallait reconstituer un collectif perdu afin de tenter de mettre quelques grains de sable dans la machine. Après le mouvement d’opposition à l’aide personnalisée, la cible fut le refus de remontée des chiffres des évaluations nationales et, pour les directeur-es, le refus du fichage des élèves sur Base élèves.

Mais ce qui fit sans doute le succès de ce groupe fut sa volonté de ne pas seulement rester dans l’opposition, le refus, mais bien au contraire de proposer, de mener des actions constructives.

Actions

C’est ainsi que sont nées les prises de parole publiques lors des pseudo-animations pédagogiques institutionnelles ; les forces étant ce qu’elles sont, nous avions ciblé les points phares : ce qui se passait dans l’ASH (Adaptation Scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés) avec la disparition annoncée des RASED et la montée pernicieuse de l’évaluationnite aiguë avec les évaluations nationales.

C’est ainsi que sont nées des journées de débats et d’ateliers permettant enfin aux enseignant-es de sortir de leur isolement, de leur souffrance, pour échanger, refaire du collectif, initier de nouvelles formes de résistance et d’action.

C’est ainsi que sont nées les contre-animations pédagogiques pour contrecarrer les pseudo-formations institutionnelles jugées aujourd’hui par beaucoup sans odeur ni saveur, plus proches de la conformation obligatoire qu’au sens même d’une réelle formation continue. La première fut : « Pour une réelle évaluation au cœur de l’apprentissage des élèves : Pourquoi ? Comment ? » ; la seconde fut : « Quelle place au livret de compétences pour une réelle évaluation des savoirs des élèves ? ». Ouvertes à toutes et tous, dans un esprit de co-formation apprécié, elles furent couronnées de succès et gênèrent visiblement fort notre belle institution, l’IA envoyant d’ailleurs ses sbires à la recherche des empêcheur-es de tourner en rond…

Une véritable épreuve de force est ainsi née.

Elle a vu une montée progressive de la reconnaissance par les syndicats d’un mouvement initialement mal perçu. Ce sont par exemple certains d’entre eux (Sud éducation, CGT éducation, SNUipp) qui nous ont permis de mettre en place une requête auprès du Tribunal Administratif au sujet des évaluations ; ce sont encore eux qui ont permis d’obtenir une ultime audience suite à la menace de commissions disciplinaires pour les « refuseur-es » des évaluations.

Aujourd’hui, qu’en est-il ?

Les 6 derniers directeur-es s’opposant au fichier Base élèves ont été contraints de rentrer dans le rang suite à des menaces et sanctions jamais vues dans notre beau monde éducatif : un retrait de salaire par semaine, puis retrait de salaire d’un mois, et enfin la perte de la fonction de directeur avec une mutation. Devant ces sanctions d’un autre temps, ces directeur-es ont laissé ces braves animateurs TICE et autres remplaçant-es ficher les élèves. Il va sans dire que la lutte n’est pas terminée car les mises à jour régulières sont loin d’être faites.

Les 16 « récidivistes » de CM2 (il existe en fait un nombre plus grand de « refuseur-es » des évaluations CM2), après une audience collective avec l’IA du 44 et ses sbires, ont obtenu une annulation de la sanction, l’IA renvoyant à une obéissance future pour l’année suivante ; belle pirouette pour quelqu’un qui part en retraite… Et beau cadeau pour le successeur ! Il va sans dire que cette demi-victoire des résistant-es (car il y a quand même eu retraits de salaires et non prime) a été possible grâce à la force du collectif et un appui des syndicats.

Le mystère persiste toujours quant aux « refuseur-es » des évaluations CE1. Aucun courrier de l’IA. Sans doute auront-ils les mêmes sanctions que leurs collègues de CM2 !

Enfin l’un des résistants, François Le Ménahèze, focalise l’attention répressive de l’IA : déchu de son poste de formateur à l’IUFM, sanctionné pour refus d’inspection, il subit aussi les autres sanctions comme les collègues.

L’année prochaine s’annonce de la même veine : poursuite de la résistance collective aux réformes les plus absconses (évaluations nationales, fichier Base élèves, Livret Personnel de Compétences…), montée en puissance des actions de formation alternatives en lien avec les mouvements pédagogiques, mise en place de tous les grains de sable possibles pour bloquer cette machine qui n’en est malheureusement pas encore à son plein régime…