Pages 6 et 7 - Professeur documentaliste, un statut menacé

lundi 26 novembre 2012
par  FB
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PROFESSEURS DOCUMENTALISTES, UN STATUT MENACÉ

Validé par un CAPES de création récente dont la base de recrutement ne cesse de maigrir, le mandat pédagogique des enseignant-es documentalistes a fait depuis 10 ans l’objet d’une fragilisation qui pourrait bien déboucher aujourd’hui sur une pure et simple disparition.

Le saviez-vous ? Les professeurs documentalistes ont à charge, pour un tiers de leur temps de travail, la formation des élèves à la recherche documentaire et à la culture de l’information. Une mission bien souvent méconnue de nos propres collègues, étroitement soumise aux aléas de l’encadrement et à la volonté des chefs d’établissement (notamment lorsque les exigences de l’accueil l’emportent sur celles de la pédagogie).
Cette fonction déjà difficile à assumer (comment former à une seule personne tous les élèves de tous les niveaux ?) s’avère de plus en plus sacrifiée donc sacrifiable. Et ceci alors même que le manque d’autonomie et de méthodes de travail est pointé dans le supérieur comme un des principaux facteurs d’échec.
Le terrain est depuis longtemps préparé par une baisse des places aux différents CAPES de documentation (de 463 en 2005 à 135 en 2012 -pour 500 départs à la retraite). Désormais, de nombreux CDI, dépourvus de professeurs documentalistes, sont ouverts par des précaires, des AED ou des TZR venus d’autres disciplines, plus ou moins consentant-es. La voie est ainsi ouverte à un changement de recrutement lui-même source d’économies substantielles (des assistants territoriaux de catégorie B en lieu et place de fonctionnaires de catégorie A).
En 2010 déjà, la DGESCO proposait aux enseignants documentalistes une nouvelle circulaire de mission contestée et amendée à plusieurs reprises par le SNES et la FADBEN*, sans qu’aucun accord puisse être trouvé. Toute mention du corps enseignant ou du CAPES de documentation avait disparu des textes de référence, la responsabilité de la formation à la recherche d’information(s) cessait d’incomber aux documentalistes dont la fonction s’assimilait de plus en plus à celle d’un-e prestataire de services documentaires, notamment numériques*, mis au service d’une conception de l’apprentissage de plus en plus tournée vers l’e-learning.
Parallèlement, une forme de redéploiement comparable à celui des agents STIL* voyait le jour : un/une ou des super-documentaliste(s) référents travaillant en mutualisation sur plusieurs établissements tandis que l’ouverture des CDI serait confiée à des aides ou surveillants documentalistes dédiés. Mention spéciale à l’académie d’Aix-Marseille qui a, pour la première fois cette année, signalé tous les postes proposés au mouvement comme “susceptible(s) d’être partagé(s) sur une autre établissement”.
Muter ou disparaître, c’est le sens de l’appel que la FADBEN a lancé en mars dernier pour exiger l’inscription de l’enseignement info-documentaire dans un cadre institutionnel concret, la reconnaissance didactique et pédagogique des enseignant-es documentalistes en la matière et leur maintien dans le corps des certifiés.
Quelles que soient les orientations prises par le nouveau gouvernement dans ce contexte, l’info-doc, les professeurs documentalistes et les CDI ne subsisteront pas sans prises de position claires et affirmées.

* La Fédération des Associations de Documentalistes et de Bibliothécaires de l’Éducation Nationale.
* Par exemple la gestion des ENT ou Espaces Numériques de Travail destinés à jouer un rôle central dans les stratégies d’auto-apprentissage des nouveaux LC (Learning Centers) ou 3C (Centres de Connaissance et de Culture), apparus récemment dans les lycées de type “Éclair”.
* STIL : Support Technique Informatique en Lycée.


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