Appel de Paris 8 pour l’autonomie pédagogique et scientifique des Universités

lundi 29 avril 2013
par  FB
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La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a choisi de faire d’une certaine clarté des intitulés de formation un des objectifs majeurs de sa politique. Jouant sur le nombre de diplômes proposés dans l’ensemble des universités françaises (nécessairement élevé) et sans jamais prendre en considération les contenus justifiant éventuellement ces intitulés, le Ministère a exigé la réduction drastique de ce nombre jusqu’à imposer une limitation à moins de 40 licences et à moins de 200 mentions de masters. En outre, ont été supprimées les déclinaisons spécifiques de chacun de ces diplômes (les « spécialités ») qui permettaient aux étudiants d’identifier des formations et des débouchés plus précis. De la sorte, au nom de deux seuls arguments répétés à l’envi - la lisibilité pour les étudiants et leurs familles et un supposé « bon sens » - un bouleversement radical de l’offre de formation a été mis en œuvre, sans le dire explicitement.
Or, ce nouveau « choc de simplification » ne concerne pas seulement une question technique de présentation des formations. De fait, ce qui est en jeu c’est :
- la survie de certains enseignements
- la remise en cause d’enseignements professionnalisants, nécessairement spécialisés
- la possibilité d’en créer de nouveaux (si une telle nomenclature avait été en vigueur depuis 1968 il n’y aurait jamais eu de formations en genre, géopolitique, psychanalyse ou études européennes par exemple, ni même informatique ou cinéma)
- la capacité des universitaires à penser librement les formations qu’ils dispensent et à en inventer de nouvelles.

Cette simplification aura mécaniquement pour effet de mettre en concurrence des diplômes qui seront tous normalisés dans leur affichage, au détriment de la complémentarité et de la coopération possibles entre des formations inventant chacune leur spécificité. Du même coup, dans le cadre des communautés d’université qui sont introduites dans le projet de loi sur l’ESR, on est fondé à craindre que s’ensuive une « rationalisation » brutale de la carte des formations, au bénéfice des établissements les plus puissants et les plus riches, ou de ceux qui imposeront, à l’image des « grandes » écoles, une sélection à l’entrée. Pourquoi donc maintenir dans une université une formation très pointue quand elle sera assurée par une école voisine, publique ou privée, avec sélection et droits d’inscription libres ?
Ce qui est encore plus grave c’est que nous ne sommes pas ici face à une erreur localisée, à une maladresse ministérielle ou à une simple question de dénominations. La décision d’imposer ces nomenclatures est parfaitement cohérente avec l’ensemble des mesures prises depuis plusieurs années, quels que soient les gouvernements, sur la réforme des premiers cycles notamment (on pense à l’arrêté licence de juillet 2011), et avec plusieurs des mesures contenues dans le projet de loi en discussion (instauration des communautés d’université, remplacement de l’habilitation par l’accréditation, continuité imposée entre lycée et premiers cycles, cahier des charges contraignant pour l’organisation des formations – et dont la nomenclature n’est qu’un aspect).

On ajoutera que pour un quart des universités françaises qui viennent de remettre leur proposition de nouvelle offre de formation, la décision ministérielle d’appliquer uniformément dès 2015 sur l’ensemble du territoire national les nouvelles mesures conduit de fait à demander aux collègues de jeter à la poubelle deux ans de travail à peine achevé ! Dans de telles conditions, on peut se demander qui aura encore à cœur d’être responsable de diplôme.
Après avoir imposé aux universités une « autonomie » budgétaire, sans moyens adéquats, qui a conduit déjà un quart d’entre elles à des budgets en déséquilibre, voilà que le Ministère remet en cause l’autonomie qui est la plus chère aux universitaires : l’autonomie pédagogique. Nous ne pouvons pas supporter ce énième mauvais coup contre l’université française. Le nœud de l’affaire est le projet de loi sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche , qui passera à l’Assemblée nationale à partir du 22 mai. Bientôt il sera trop tard et l’université ne proposera plus que des masters formatés et des licences très génériques, prônant une interdisciplinarité illusoire sans socle disciplinaire et une professionnalisation abstraite sans analyse des débouchés possibles.

Fait à Saint-Denis, le 23 avril 2013

Voté à l’unanimité moins une voix par le CA du 26 avril 2013


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