COVID 19 / Les symptômes politiques du Covid

L’école de la lutte #2 - Extrait du journal de SUD éducation 13
lundi 8 mars 2021
par  GUERDA
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Les symptômes du COVID 19 ne sont pas seulement cliniques, ils sont aussi politiques. La crise sanitaire, économique, sociale et scolaire que nous traversons est révélatrice sur bien des aspects. Passez la sidération, une analyse de la période que nous sommes en train de vivre, montre à quel point cette épidémie s’est engouffrée dans toutes les failles de notre société et comment elle a mis en lumière ses nombreuses incohérences. A contrario, en mettant à l’épreuve notre système de protection sociale et de solidarité, elle révèle la justesse de nos combats syndicaux.

Les premières leçons sont là : parce que les lits manquent, parce que le personnel soignant est en sous effectif, parce qu’il n’y a pas assez de respirateurs, il faut que nous passions toutes et tous à l’isolement. C’est d’abord là que se loge notre sidération. Des années de sous investissements dans la santé publique, des coups de rabots de centaines de millions d’euros dans la politique de prévention sanitaire au nom de la politique d’austérité sont responsables d’une gestion catastrophique de l’épidémie et rapidement de milliers de mort-es. Des moyens de protections faibles, des masques et du gel en quantités à peine suffisantes pour le personnel soignant lui même, nous ont fait vivre de plein fouet les conséquences d’un constat tiré depuis longtemps. Les capacités de production sont ailleurs et même dans l’urgence, impossible de renouveller les stocks. La derniere usine à produire des masques chirurgicaux a été délocalisée en 2018. Il s’agissait de l’usine Honeywell de Plaintel dans les Côtes d’Armor. Une usine pourtant parfaitement rentable et dont les salarié-es n’ont reçu aucun soutien de l’Etat au moment de la fermeture et de la destruction de 6 machines par le propriétaire. Une configuration que l’on retrouve dans d’autres secteurs industriels et qui nous place dans une situation de dépendance pour tout une série de produits hautement stratégiques.

Plus encore, le système capitaliste nous a une nouvelle fois montré toute sa fragilité. La bourse a rapidement chutée au fur et à mesure que les actionnaires, pris de panique, retiraient leurs billes, transformant la crise sanitaire en crise économique et sociale dont on imagine à peine les conséquences. A l’opposé, c’est l’action publique et ses services qui sont apparus comme les remparts les plus efficaces face au Covid. Les personnels soignant-es en première ligne en sont le symbole le plus parlant. Malgré l’épuisement et le sous effectif ils et elles sont apparu-es comme un bouclier solide contre l’épidémie. Les applaudissements tous les soirs à 20h lors du premier confinement ne disaient pas autre chose. La prise de conscience s’est généralisée à d’autres secteurs publics ou associés à des missions d’intérêt général comme ce fut le cas pour l’Education mais aussi les services postaux, le social, les collectivités territoriales et les agent-es de nettoiement. Les habituel-es « premier-es de cordées », et leurs « bullshit job », se sont retrouvé-es quant à elles/eux en dernière ligne, tandis que ce sont les travailleur-euses les plus précaires et les plus dévalorisés qui se sont révélés essentiels. Caissier-es, magasini-ères, routier-ière, livreur-euses furent durant cette période particulièrement exposés aux risques prenant une importance diamétralement opposé à la reconnaissance dont ils-elles font l’objet. Un paradoxe flagrant que l’on retrouve dans les inégalités liées à la division genrée du travail, puisque nombre de ces emplois de première importance, sont principalement occupés par des femmes.

Durant ces premiers mois sous le coronovarirus, les hommages n’ont pas manqué, ni les récupérations politiques. Les promesses ont rapidement suivi les prises de consciences feintes. « Il y a des secteurs qui ne se marchandent pas », déclarait alors solennelement le président de la République, convoquant même le Conseil National de la Résistance. Quel cynisme pour celui qui est le continuateur zélé de 40 ans de destruction méthodique de la protection sociale. Mais pour nous qui défendons la justice sociale, la référence aux jours heureux, le programme du CNR, a de quoi laisser songeur-se. Car si le coronavirus a des symptômes politiques, les gestes barrières pour s’en protéger le sont aussi. Ils portent le nom d’assurance chômage, d’assurance vieillesse, d’assurance maladie, de code du travail. Autant d’outils précieux que les gouvernements successifs démantèlent pièce par pièce au nom d’une supposée modernité économique. Dans une ironie terrible ce sont pourtant toutes ces conquêtes sociales qui auront été les protections les plus efficaces face au virus. Si les personnes agé-es qui comptent parmi les plus vulnérables ne sont pas au travail c’est grace à la retraite, si les entreprises peuvent amortir leur perte de revenus durant le confinement c’est grâce au chomage partiel, si la population peut se mettre en quarantaine et se soigner sans se saigner, c’est bien grâce à la sécurité sociale. Le droit du travail, durement attaqué par Macron sous deux gouvernements et les CHSCT dont l’existence même est remise en cause, furent également des alliers de choix. Ils ont permis de protéger un nombre considérable de salarié-es de l’exposition au virus et ont imposé la mise en place de protocole sérieux.

Dans l’Education nationale de nombreuses leçons peuvent être également tirées. Nous l’avons toutes et tous déjà largement constaté, mais le confinement et la fermeture des écoles aura révélé toute l’ampleur des inégalités sociales et scolaires mais aussi contribué à accéler le fossé entre les élèves. Nombre d’entre elles-eux ont exprimé de la souffrance face à cette situation et les moyens mis à la disposition par l’Education Nationale se sont révélés largement insuffisants pour y répondre. Malgré les annonces tonitruantes du ministre, rien n’était prêt et rien n’a d’ailleurs été pensé pour faire face à la situation. Il aura fallu la réaction de la profession pour que le ministère abandonne son ambition de poursuivre les évaluations et les programmes scolaires à travers la prétendue « continuité pédagogique ». Durant cet épisode, les étages supérieurs de la hiérarchie ont montré toute leur inefficience, mutlipliant les injonction dépasées, contradictoires, hors-sols. Ce sont au contraire les acteurs-trices de terrain qui ont sauvé les meubles. Les personnels de nombreuses écoles et établissements, en plus de leurs missions habituelles, ont assuré une bonne partie de la prise en charge sociale des plus démunis, les aidant dans leurs démarches ou leur fournissant les ressources essentielles pour vivre. Des centaines de collectes financières et alimentaires ont ainsi vu le jour pour pallier aux défaillances des collectivités territoriales.

L’ampleur du constat et la flagrance des contradictions et des injustices induites par notre système économique et social, a entraîné une prise de conscience au sein de la population. Celle-ci pointait déjà dès les premières semaines de l’épidémie, une fois la sidération retombée. Le pouvoir lui-même a même été contraint de ralentir la cadence de ses réformes et d’acquiesser à un certain nombre de vérités. Promis, cette fois ils-elles avaient compris ! Mais l’idéologie prend toujours le dessus sur les tremolos dans la voix. Passé le confinement et avec un mepris insoutenable, le gouvernement a repris son travail de confiscation du bien public. De nouveaux lits d’hopitaux ont été supprimés et aucun moyen supplémentaire n’a été accordé à l’Education nationale. Nous demandons pourtant depuis le printemps la mise en place d’un plan d’urgence pour l’école. Jean-Michel Blanquer semble même avoir plutot bien vécu la période puisqu’il y a vu l’occasion d’entamer un travail sur la dématérialisation des apprentissages. La retraite par répartition est quant à elle toujours dans le viseur du gouvernement et les lois liberticides viennent graver dans le marbre et dans notre quotidien ce qui relevait autrefois des régimes d’exceptions. Le gouvernement a même pris le temps, entre deux confinements et en pleine pandémie mondiale, de modifier le code du travail pour limiter les prérogatives de la médecine du travail. A la baisse bien entendu.

On n’arrête pas la course à l’argent avec des bons sentiments. La mainmise des grands laboratoires pharmaceutiques sur le destins de milliards de personnes est une illustration de l’accaparement des richesses et de la main mise sur nos vies. Elle montre qu’en matière économique, il y a un virus bien plus difficile à combattre, celui du profit et de la cupidité. Mais cette fois le remède est connu depuis longtemps. Il s’agit de notre capacité à nous indigner et à agir collectivement.


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